Un risque possible d’allongement du QT chez les diabétiques de type 1, victimes d’hypoglycémies sévères
L’hypoglycémie étant apparue dans certains travaux, menés sur de petits effectifs, susceptible d’induire un allongement de l’intervalle QT, des auteurs italiens, britanniques et danois, ont entrepris d’évaluer, à plus grande échelle, chez les patients atteints de diabète de type 1 (DT1), insulinovital, la relation entre hypoglycémies sévères et QT long.
L’étude conduite par G Grunden et coll s’est appuyée sur les données d’une vaste étude multicentrique européenne, l’EURODIAB IDDM Complications Study. Elle a inclus 3 248 patients, ayant tous un diabète de type 1, interrogés par questionnaires sur les hypoglycémies sévères (HS), définies comme celles nécessitant l’aide d’un tiers, survenues au cours de l’année écoulée. Nombre d’autres paramètres ont été précisés par questionnaires également : ceux intéressant l’insulinothérapie (nombre d’injections quotidiennes, doses), le mode de vie (tabagisme, activité physique, consommation d’alcool), l’existence d’une HTA et d’autres facteurs de risque de maladie cardiovasculaire, de complications cardiovasculaires, de complications du diabète (néphropathie, micro- ou macroalbuminurie, débit estimé de filtration glomérulaire inférieur à 60 ml/min/1,73 m2 ; rétinopathie, proliférante ou non ; neuropathie, périphérique et autonome). Les ECG de repos ont été examinés par deux observateurs ignorant le statut hypoglycémique des patients, et l’allongement anormal de l’intervalle QT a été défini par un QT corrigé supérieur à 0,44 s.
Plus de 3000 patients inclus
Parmi les 3 248 patients inclus, près de 68 % (formant le groupe H0) ont déclaré, à l’inclusion, n’avoir eu dans l’année passée, aucune hypoglycémie sévère, près de 19 % (groupe H1-2) ont rapporté 1 ou 2 HS, et 13,2 % des patients (groupe H3), plus âgés, de diabète plus ancien et de taux moyen plus bas d’hémoglobine glyquée (HbA1c), 3 HS ou plus. Le débit estimé de filtration glomérulaire était plus faible chez les patients ayant signalé des HS, la prévalence de l’HTA, de la maladie cardiovasculaire, de la rétinopathie diabétique, aussi. La prévalence du QT long, de 14,8 % dans le groupe H0, de 16,9 % dans le groupe H1-2, était de 19,3 % dans le groupe H3 (p = 0,05).
Après ajustements (notamment sur l’âge, les doses d’insuline, les taux de lipides, l’activité physique, l’indice de masse corporelle (IMC), le rapport tour de taille/tour de hanche, la consommation d’alcool, l’utilisation d’une contraception orale, la catégorie sociale, le niveau d’éducation, l’existence d’une néphropathie, d’une rétinopathie, d’une neuropathie autonome), l’analyse associe hypoglycémies sévères et allongement de l’intervalle QT (Odd ratio OR = 1,27 ; intervalle de confiance à 95 % IC à 95 % 1,02-1,58).
Une association indépendante
C’est une association, indépendante des complications macro- et microangiopathiques du diabète et de l’existence d’une neuropathie autonome, entre épisodes d’hypoglycémies sévères et allongement de l’intervalle QT que révèle cette étude en population diabétique de type 1 comptant plus de 4 000 patients. Elle pèche possiblement par le caractère auto-rapporté des HS, source d’erreurs de classement, par la non-prise en considération des traitements médicamenteux pouvant influer sur la durée de QT, par l’absence de données intéressant les perturbations électrolytiques, de la kaliémie en particulier, mais ses résultatas sont néanmoins préoccupants, l’allongement de l’intervalle QT exposant au risque de torsades de pointe, et de mort subite.
Dr Claudine Goldgewicht
Grinden G et coll. : QTc interval prolongation is independently associated with severe hypoglycemic attacks in type 1 diabetes from the EURODIAB IDDM complication Study. Diabetes Care, 2011 ; publication en ligne, 28 novembre (DOI : 10.2337/dc11-1739).